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Tourisme : et si le Sénégal faisait revivre ses grands royaumes ?

Reconstitution historique, villages vitrines, spectacles. De Lat Dior à El Hadj Omar Tall en passant par Aline Sittoe Diatta, et si le tourisme sénégalais mettait en avant ses 1000 années d’histoire et de traditions ?

Le Sénégal est mondialement reconnu pour son tourisme mémoriel, notamment autour de l’île de Gorée et de l’histoire de la traite négrière. Ce patrimoine est essentiel et mérite pleinement sa place dans notre récit national. Mais il ne raconte qu’une partie de notre histoire.

Car bien avant la période de l’esclavage, le territoire sénégalais fut le théâtre de près de dix siècles de royaumes puissants, de civilisations organisées, d’échanges commerciaux, de traditions et de savoir-faire qui ont profondément façonné notre identité. Pourtant, cette histoire reste largement absente de notre offre touristique et le tourisme historique immersif ou living history en pleine croissance.

1000 ans d’histoire et de traditions

Du Tekrour, l’un des premiers royaumes d’Afrique de l’Ouest, apparu dès le VIIe siècle, au Grand Djolof, en passant par les royaumes du Sine, du Saloum, du Waalo, du Cayor, du Baol, du Mandingue ou encore du Fouta, l’histoire du Sénégal est d’une richesse exceptionnelle. Elle est aussi celle de grandes figures qui continuent d’inspirer les générations : Lat Dior, El Hadj Omar Tall, Cheikh Ahmadou Bamba, Aline Sitoé Diatta et tant d’autres.

Imaginez une journée au cœur d’un royaume du Djolof ou du Cayor : des cases fidèlement reconstituées, des artisans travaillant le cuir ou le métal selon les techniques ancestrales, des démonstrations culinaires, des contes transmis autour du feu, des cavaliers et des guerriers en costume d’époque, des spectacles de lutte traditionnelle ou de maniement de la lance, des guides racontant la vie quotidienne, les coutumes et l’organisation des royaumes.

Le principe est simple : faire revivre une période historique grâce à des acteurs, des costumes, des décors, des démonstrations et une narration immersive.

Une alternative au tourisme mémoriel relatif à la traite négrière

Le Sénégal s’est imposé comme une destination incontournable du tourisme mémoriel, notamment grâce à l’île de Gorée, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Chaque année, des milliers de visiteurs viennent découvrir la Maison des Esclaves (site le plus visité du Sénégal), les vestiges des anciens comptoirs, les forts, les bâtiments coloniaux et les nombreux lieux de mémoire qui témoignent de la traite négrière. Ce patrimoine, essentiel pour comprendre une page douloureuse de l’histoire, contribue largement au rayonnement international du Sénégal. Toutefois, il ne représente qu’une partie de l’histoire du pays, dont les grands royaumes et leurs héritages culturels restent encore largement méconnus du grand public.

Une telle expérience constituerait bien plus qu’une animation touristique. Elle deviendrait un formidable outil de transmission culturelle pour les jeunes Sénégalais, un espace de valorisation des savoir-faire locaux et une nouvelle raison de prolonger son séjour dans les régions. Les voyageurs recherchent aussi des expériences immersives, des émotions et des rencontres. Faire revivre les grands royaumes sénégalais ne reviendrait pas à remplacer le tourisme mémoriel, mais à le compléter en racontant une histoire plus vaste, plus ancienne et plus riche.

De possibilités nombreuses

Le Sénégal pourrait imaginer de véritables villages historiques immersifs, où les visiteurs découvriraient le mode de vie des grands royaumes à travers des habitations reconstituées, des démonstrations d’artisanat traditionnel, des expositions d’objets anciens en collaboration avec les musées sénégalais, des ateliers culinaires ou encore des présentations des techniques agricoles et des savoir-faire ancestraux.

Des spectacles de guerriers, des cérémonies royales reconstituées, des spectacles son et lumière ou des parcours scénographiés permettraient également de faire revivre les grandes pages de notre histoire. Ce type d’initiative existe déjà dans plusieurs pays.

Au Maroc, par exemple, la Kasbah d’Agadir Oufella accueille des expériences immersives mêlant théâtre, reconstitutions historiques, technologies modernes et parcours scénographiques, transformant un site patrimonial en une véritable scène vivante. Une approche qui montre qu’il est possible de valoriser l’histoire autrement, tout en créant une offre culturelle et touristique innovante, attractive et accessible à tous.

L’Afrique du Sud est l’un des pays africains qui a le plus développé la reconstitution historique à vocation touristique. Le pays fait régulièrement revivre les guerres entre le royaume zoulou et l’Empire britannique au XIXᵉ siècle et met en avant des sites comme le Shakaland Zulu Cultural Village qui propose aux visiteurs de découvrir un village zoulou traditionnel.

Ces événements ne dont pas destinées uniquement aux touristes. Les populations locales pourraient aussi y participer pour se représenter leur histoire. De même, la visite des scolaires peut être très intéressante. De nombreuses classes partent à la découverte de Gorée pour mettre une image sur les cours appris. Cela pourrait être le même modèle avec ces reconstituions.

Des freins au développement de cette offre ?

Les retombées de ces mises en avant pourraient être nombreuses : création d’emplois pour les artisans, comédiens, guides et historiens, développement des hébergements et de la restauration à proximité, diversification de l’offre touristique et meilleure répartition des visiteurs sur le territoire. Cependant, il perdure quelques défis et freins qu’il faudrait relever pour organiser ce genre d’événements.

Un grand spectacle historique nécessite des investissements importants : scénographie ; décors ; costumes ; éclairage professionnel, comédiens…etc. Les modèles internationaux montrent qu’un spectacle de qualité demande souvent plusieurs années de préparation avant d’être rentable. Enfin, qui finance et qui exploite ?

Un spectacle réussi doit être validé par les communautés concernées, les historiens, les chercheurs. Et il doit aussi pouvoir être intégrer dans les offres touristiques des tour operateurs. Plusieurs points parmi d’autres qui doivent être réfléchis.

Le Sénégal à sans doute d’autres priorités pour le tourisme avant de mettre en place ce type de tourisme mais la question mérite d’être posée et la bouteille jetée à la mer.

Après tout, près de dix siècles d’histoire ne méritent-ils pas davantage qu’un simple chapitre dans les livres ?

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Commentaires et questions sur

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2 Commentaires

  • Magatte

    Bonsoir, je suis technicien supérieur hôtellerie et restauration. Pouvez-vous m’aider d’avoir la liste définitive des hôtels au Sénégal ?

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